Attentat contre Charlie Hebdo : Said Ahmed Said Abdillah donne son point de vue


Par , le dans l'actualité comorienne
Attentat contre Charlie Hebdo : Said Ahmed Said Abdillah donne son point de vue Je n’ai jamais entendu ça. Je n’ai jamais entendu un discours aussi rationnel sur l’Islam et sur son rejet de la violence et du terrorisme. J’en ai encore la chair de poule». Ce vendredi 9 janvier 2015, celui qui parle ainsi n’est autre que Guy Registe, célèbre journaliste de la chaîne de télévision panafricaine Télésud. Il venait de quitter le studio d’enregistrement où Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed venait de lui sortir le grand jeu, lui faisant une grosse sensation. On ne présente plus Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed, entreprenant et dynamique Président du Parti Comores Alternatives (PCA) et bouillant candidat à l’élection présidentielle de 2016. En réalité, le presque Président des Comores en 2016 était sur le plateau de Télésud pour présenter son livre: Les Comores. Pour une indépendance financière et monétaire de l’archipel. Préface de Mamadou Koulibaly, L’Harmattan, Collection «Océan Indien/Études», Paris, 2014, 183 p.). Alors que le journaliste voulait l’interroger directement sur son livre, l’homme de Nkourani-Sima et de Vouvouni imposa le rythme de l’interview, en regardant son interlocuteur droit dans les yeux avant de lui dire qu’il fallait commencer par une actualité endeuillée par les attentats odieux ayant visé Charlie Hebdo le mercredi 7 janvier 2015. Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed a été impressionnant sur le plateau de Télésud parce qu’il a trouvé les mots qu’il fallait pour expliquer que l’Islam est une religion de paix, tolérance et liberté, et que le glissement sémantique ayant conduit à faire du terme «Djihad» le synonyme de «guerre sainte» relevait d’un abus de langage pour le moins inacceptable. Pour tout dire, Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed est très bien placé pour aborder une thématique aussi complexe, savante et érudite parce qu’il est l’un trois acteurs politiques comoriens (les deux autres ne seront pas cités) maîtrisant à merveille le Coran et pouvant se livrer sur lui à des exégèses d’une rare érudition. C’est donc à la suite de l’explication savante de Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed que finalement, Guy Registe a compris une chose que les faux Musulmans refusent à admettre: la laïcité et la liberté de culte véhiculées par l’Islam, comme on peut le constater à la lumière de deux versets coraniques fondateurs:

«Point de contrainte en religion» (Coran, II, La Vache, 256).
«À vous votre religion, et à moi ma religion» (Coran, CIX, Les Infidèles, 6).
En fait, Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed avait tenu à expliquer tout cela pour faire comprendre aux uns et aux autres que Dieu et le Prophète n’ont demandé à personne d’ôter la vie en leur nom. La vie et la mort appartiennent à Dieu et à Lui seul. Il n’est demandé à personne d’ôter la vie. Or, aujourd’hui, il se trouve des terroristes pour s’approprier abusivement l’Islam à des fins personnelles et bellicistes. Ces gens-là sont des criminels n’ayant rien compris au dogme de l’Islam et à la pratique qui en découle. Il suffit que n’importe quel criminel prononce un mot arabe, le nom de Dieu et celui du Prophète au moment de la commission de son crime pour qu’on attribue ledit crime à l’Islam. En réalité, ce criminel ne connaît rien de l’Islam et ne pratique pas celui-ci. Or, c’est la pratique de l’Islam qui donne le statut de Musulman, et non la naissance dans une famille donnée. Le malheur, c’est que rapidement, un crime commis par un assassin ayant prononcé dans un mauvais arabe des mots tirés du vocabulaire islamique doit être endossé par les vrais Musulmans, scandalisés et morts de honte, alors que ceux-ci condamnent le crime et les criminels en faisant de l’amalgame ne font rien pour comprendre cela. Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed a donc raison de mettre en exergue tout ça, à un moment où, du Pakistan au Nigeria, sur le plan rationnel, on ne voit pas comment établir une relation logique entre le crime de bandes armées obscurantistes et l’Islam.
Il faut dire que les fameux «spécialistes de l’Islam radical», comme ils se définissent eux-mêmes, alors qu’ils ne maîtrisent même pas l’arabe et les fondements de l’Islam, contribuent à la création de la confusion dans les esprits. Ce sont ces fameux «spécialistes» qui ont forgé les termes «islamisme» et «islamiste». De fait, ces termes procèdent d’une invention occidentale et concernent le Musulman se caractérisant par son passéisme obscurantiste, son radicalisme, sa prédilection pour les actes terroristes et le recours à la force, alors que l’Islam prohibe toute forme de violence au nom de la religion, étant entendu qu’on ne peut pas user de la violence au nom et sous couvert de l’Islam. Ce sont ces mêmes «spécialistes» qui ont jeté sur la place publique internationale le dangereux raccourci qui fait d’un terroriste un «djihadiste», un adepte du «Djihad», qu’on s’acharne obstinément à définir comme une «guerre sainte», dans le cadre d’une religion qui proclame l’interdiction de la contrainte en religion. Pourtant, le «Djihad» est l’effort intellectuel que l’homme déploie pour lutter contre ses propres excès. Les mêmes «spécialistes» qualifient le terroriste de «salafiste». C’est un autre concept à la mode, de préférence, dans la bouche des spécialistes institutionnels et médiatiques, ceux qui expliquent toujours tout sur les médias, mais sans parler un mot arabe, ou parlant arabe mais endormis par une paresse intellectuelle qui les empêche d’aller au-delà des schémas réducteurs. C’est donc très grave. Pour les vrais orientalistes, «salafisme» vient de «Salaf», «prédécesseurs» ou «ancêtres», étant noté que les premiers Musulmans constituaient la source la plus autorisée en ce qui concerne la pratique pure de l’Islam. Ces ancêtres étaient les puristes de l’Islam, et aucun parmi eux n’a un passé de terroriste.
Ce n’est qu’après avoir expliqué le rejet de la violence par l’Islam avec la force de persuasion qu’on lui connaît, que le presque Président en 2016 aborda le thème du jour: l’indépendance financière et monétaire des Comores, par la sortie des Comores de la Zone franc. Très en verve, il déclara avec conviction que pour lui, la Banque centrale des Comores n’est qu’une simple succursale de la Banque de France et de la Banque centrale européenne (BCE). Il martèle que la Banque centrale des Comores n’est donc pas une institution financière comorienne, mais une banque étrangère. Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed n’hésite pas à affirmer que le franc comorien n’est pas comorien, mais une monnaie coloniale française, qui est devenue européenne depuis la mise en circulation de l’euro. Lancé sur sa trajectoire comme un TGV roulant à 511 kilomètre par heure, il insiste sur la nécessité pour les Comores de sortir de la Zone franc et de se doter de leur propre monnaie, comme l’ont fait certains pays d’Afrique et de l’océan Indien qui, pourtant, réussissent à faire décoller leur économie. Pour lui, il est aberrant, hypocrite et malhonnête de se servir des mauvais exemples que sont le Zaïre de Mobutu Sese Seko et du Zimbabwe de Robert G. Mugabe, ces horribles épouvantails, pour refuser d’envisager courageusement l’indépendance financière et monétaire de l’Afrique en général, et des Comores en particulier.
Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed, le presque Président des Comores en 2016, a compris une chose que les autres acteurs politiques comoriens ont du mal à admettre: une bonne interview doit se préparer à l’avance, de préférence, avec une petite équipe technique. C’est pour cela qu’il est très sollicité par les médias, pendant que les autres politiciens comoriens n’intéressent aucun média étranger. Les statistiques de passage à l’antenne des uns et des autres sont très parlantes sur le sujet, et ces statistiques constituent des données objectives. En plus, Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed ne fait pas du lobbying comme d’autres pour être invité sur un plateau de télévision, mais est sollicité. Et s’il est tout le temps sollicité, c’est qu’il est très intéressant en tant que spécialiste des questions financières et monétaires et qu’il a des choses intéressantes et utiles à dire sur l’actualité politique des Comores, et même sur l’actualité internationale. Cet homme qui remplit les salles lors de ses meetings arrive même à convaincre de Comoriens de plus en plus nombreux sur le bien-fondé de son dada: la sortie des Comores de la Zone franc. C’est pour ça que ses adversaires ont commencé à le détester, puisqu’ils ne peuvent plus l’ignorer. On n’ignore valablement pas un tel phénomène médiatique.
Par ARM