Risque de «génocide» à Moroni contre les Mohéliens au lendemain du 26 mai 2016


Par , le dans l'actualité comorienne
Risque de «génocide» à Moroni contre les Mohéliens au lendemain du 26 mai 2016				Chassera-t-on les Mohéliens de Grande-Comore après la présidence mohélienne
Dans notre pays, le discours politique est devenu tellement pauvre qu’on fuit les vrais débats sociétaux pour s’enfermer dans la redondance sociale, la métaphysique politique et dans la charlatanerie idéologique. Dans d’incroyables murmures et chuchotements, d’innommables personnages tiennent un discours surréaliste sur la présidence tournante depuis qu’un Comorien originaire de Mohéli dirige les Comores. Or, si ces gens-là qui chuchotent et murmurent étaient sincères, ils auraient dû commencer par reconnaître que cette présidence tournante existait bien avant la Constitution du 23 décembre 2001, mais uniquement entre Grands-Comoriens et Anjouanais. Les choses se passaient entre eux, sans que l’expression “présidence tournante” ne soit inscrite sur les textes juridiques. C’est l’Anjouanais Mohamed Ahmed qui a ouvert les portes de la présidence tournante entre Anjouanais et Grands-Comoriens, et cela, dès le 13 août 1957, mais on ne le dit pas. Depuis, Grands-Comoriens et Anjouanais avaient l’habitude de faire les choses entre eux. La nouveauté avec la Constitution actuelle, c’est que, d’une part, la présidence tournante est inscrite sur la Constitution, et d’autre part, elle concerne même les Mohéliens, qui en sont désormais concernés, à la suite d’un vieux combat politique. Ici et là, certains se mettent dans leur coin et chuchotent que les Mohéliens sont indignes de diriger le pays parce qu’ils sont minoritaires et que cela est antidémocratique parce qu’une minorité insulaire ne devait pas imposer trois candidats éligibles à la majorité se trouvant à la Grande-Comore et à Anjouan. Mais, pourquoi ces gens qui chuchotent et murmurent ne s’expriment pas sur le sujet sur l’espace public, au lieu de se cacher?». Celui qui s’exprime ainsi a un nom, un visage et une notoriété publique. Il s’appelle Hamada Madi Boléro, est Mohélien et occupe le poste de Directeur du Cabinet du Président chargé de la Défense. Il fait cette réflexion à un moment où le discours contre Mohéli et les Mohéliens prend une allure inquiétante, surtout depuis que la nouvelle «Opération Île morte» à la Grande-Comore s’est soldée par des échauffourées et des fusillades, que certains n’ont pas tardé à mettre sur le compte du «Président mohélien». Que le régime politique actuel soit dominé par des Grands-Comoriens (ministère de l’Économie et des Finances, ministère des Relations extérieures, ministère de l’Intérieur, Banque centrale, Douanes, Aéroport international, Eau et Électricité, Armée nationale de Développement, etc.) n’est pas un phénomène sur lequel on cherche à s’attarder puisque l’essentiel réside dans une farouche volonté de tout ramener sur l’île de Mohéli chaque fois qu’un problème est signalé. Que les fonctions stratégiques soient donc occupées par des Grands-Comoriens n’est pas une chose à évoquer en public puisque ce sont les Mohéliens qu’il faut montrer du doigt, stigmatiser et jeter en pâture à une opinion publique à la recherche du plus commode des boucs émissaires. Dans certains appareils de partis politiques comoriens, dans lesquels les Mohéliens brillent par leur éblouissante absence, on ne se cache même pas pour jurer que le 26 mai 2016, dès que le Président Ikililou Dhoinine aura le dos tourné à Beït-Salam, on va casser du Mohélien. Pourquoi ne pas commencer tout de suite?

On jure déjà qu’il n’y aura aucun Mohélien dans une Ambassade comorienne, à la tête d’une entreprise publique, bref, à une fonction étatique stratégique et visible. Les mêmes qui profèrent les menaces contre les Mohéliens ne se cachent même pas pour siffler entre leurs dents qu’il y a trop de Mohéliens à Moroni et qu’il faut les renvoyer vers leur île dès le 26 mai 2016. On a même entendu un membre du gouvernement, en plein conseil de ministres, dire que tel cadre mohélien complètement apolitique, mais compétent et juriste consciencieux, ne devait plus se rendre en mission à l’étranger, alors qu’il n’a commis aucune faute. Dans tout ça, il y a une vérité qu’on ne dit pas: malgré tous ses dysfonctionnements et ses imperfections, le régime politique actuel est le moins clanique, le moins villageois et le moins insulaire de toute l’Histoire mouvementée des Comores. Pour la première fois aux Comores, le Président ne gouverne pas avec des gens de son village natal ou de sa ville d’origine, puisqu’on ne connaît pas de Djoieziens nommés à des postes stratégiques, alors qu’Ahmed Abdallah avait installé partout des personnalités de sa ville natale de Domoni (Anjouan), Mohamed Taki Abdoulkarim ne jurait que par les gens de Mbéni comme lui, qu’il avait nommés à tous les emplois intéressants. Azali Assoumani avait créé la République de Mitsoudjé, puisque, en son temps, la République, du latin «Res Publica», «la chose publique», était ramenée à une simple affaire de cousins, cousines et autres Mitsoudjéens. Pour sa part, Ahmed Sambi donna toute la mesure de son népotisme, et son épouse, Hadjira Soudi, pouvait débarquer en plein conseil des ministres pour dire tout le mal qu’elle pensait du fait que son «Ahamadi» avait la redoutable habitude de s’entourer de gens qui ne l’aimaient point. Déjà la sempiternelle accusation de trahison!

Ce politicien grand-comorien proche de l’«apatrîle» français Ahmed Sambi a dit à ses amis vivant à Paris: «Si nous arrivons bientôt au pouvoir, nous allons placer les Mohéliens au niveau du sol comme le sont devenus les Domoniens après l’assassinat d’Ahmed Abdallah, comme le sont devenus les Mbéniens après l’empoisonnement de Mohamed Taki Abdoulkarim, comme le sont devenus les Mitsoudjéens après la fin du mandat du Colonel Azali Assoumani. Une loi comorienne non écrite veut qu’une fois un Président a fini son mandat, sa communauté villageoise ne remonte plus jamais la pente». La haine envers les Mohéliens est exagérée parce que ces derniers ne sont pas nombreux au sein de l’appareil d’État, et on ne peut reconnaître de l’influence qu’à Hamada Madi Boléro, Mme Sitti Kassim (ministre), Saïd Mohamed Ali Saïd (secrétaire général du gouvernement) et Daroussi Allaoui (chef du Protocole). Les Abiamri Mahmoud (Comores Télécom) et Aladine Daroumi (ONICOR) sont les «financiers» et ne sont pas les meilleurs fils qu’ont eus les Comores, mais il faut reconnaître en même temps que chaque île a ses voleurs et que ceux d’Anjouan et de la Grande-Comore n’ont pas été brûlés en public mais continuent à avoir pignon sur rue. Est-ce pour ces personnes qu’on va brûler tous les Mohéliens de la Planète? Ça ne fait pas sérieux! En tout cas toute la hargne contre les Mohéliens sent l’acharnement et le chauvinisme insulaire primaire et éculé. Les gens qui ont mis à genoux la MAMWÉ, la Douane et la Société des Hydrocarbures ne sont pas des Mohéliens. Que celui prétend le contraire cite des noms de Mohéliens.

On entend des Mohéliens dire: «Il y a hypocrisie et acharnement. Les autorités supérieures issues des autres îles ont volé et aujourd’hui, on veut nous empêcher de voler comme elles. Qu’on nous laisse voler en paix car quand les Anjouanais et les Grands-Comoriens étaient aux affaires, ils ont pillé le pays et l’avaient mis en coupe réglée». Ce discours est tout à fait irresponsable et inacceptable, et se nourrit d’un fond culturel et sociologique comorien dans lequel on retrouve beaucoup d’insouciance et d’irresponsabilité débouchant sur l’apologie de tout ce qui se rapporte au vol de l’argent public. Comme les Comoriens ont un béguin pour les héros négatifs, tous les voleurs d’argent public du pays sont encensés et considérés comme ce qu’il y a de mieux dans un pays en ruines et par terre. Il suffit de voir comment ces voleurs d’argent public sont acclamés par des gens à l’allure pourtant «normale» pour savoir qu’il y a quelque chose qui ne va pas bien aux Comores.
ARM