Sambi n’a jamais été mon père spirituel »


Par , le dans l'actualité comorienne
Sambi n’a jamais été mon père spirituel » « Le mot de trahison me révulse ; je n’ai trahi personne. S’il me faut dire quelque chose dans ce sens, ce serait pour dire qu’en politique, il n’y a pas de père spirituel mais plutôt un partenaire politique », a déclaré le gouverneur d’Anjouan, Anissi Chamsidine, dans une interview accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse.
Question : Monsieur le gouverneur, le premier tour des élections des députés et des conseillers des iles a eu lieu le 25 janvier dernier. Quelle est votre appréciation de ce double scrutin ?
Anissi Chamsidine : Je voudrais d’abord saluer la tenue de ce premier tour, dans le calme et la dignité, sans incident majeur. Je félicite l’ensemble du peuple comorien qui a su faire preuve de sa maturité politique et de sa volonté de contribuer à l’enracinement de la démocratie dans notre pays. C’est un scrutin globalement positif et les irrégularités ou dysfonctionnements relevés ici et là n’ont, en rien, entaché sa crédibilité et sa sincérité. Le docteur Ikililou Dhoinine a réussi son premier pas électoral.
Question : Le parti Juwa, dont vous étiez l’un des membres fondateurs, arrive largement en tête de ce premier tour dans de nombreuses circonscriptions. Beaucoup de comoriens attribuent ce succès obtenu surtout à Anjouan et l’échec des candidats que vous avez soutenus, à une trahison dont vous seriez coupable envers votre père spirituel, Sambi. Comment répondez-vous à ces accusations ?
A.C. : Je ne réponds à qui que ce soit. Le mot « trahison » me révulse ; je vous demande de le corriger. Je n’ai trahi personne. S’il me faut absolument dire quelque chose dans ce sens, ce serait pour dire qu’en politique, il n’y a pas de père spirituel mais un partenaire politique. Le père, c’est le père, il a ses droits et ses devoirs envers ses enfants, comme les enfants ont les leurs envers le père. Le pouvoir, comme la femme, ne se partage pas, même avec le père. J’ai loyalement servi mon pays aux côtés du président Sambi. Je l’ai aidé à remplir son devoir de chef de l’Etat. Je ne pense pas être de ceux qui l’avaient « mal servi et quelque fois trahi » et qui constituent encore son entourage aujourd’hui. Sinon, il ne m’aurait pas aidé à devenir gouverneur. Aujourd’hui, c’est moi qui suis gouverneur, donc aux commandes d’Anjouan. Le minimum dont je serais en droit d’attendre, c’est un peu de respect.
Question : Comment expliquez-vous alors l’échec de la plupart des candidats que vous avez soutenus le 25 janvier dernier ?
A.C. : Echec ou victoire, qui peut le dire ? Je voudrais relativiser ce que vous appelez échec. Les atermoiements, avant, pendant et après le scrutin ont laissé planer beaucoup de doutes sur sa tenue effective.
Si les irrégularités constatées n’ont pas été considérées comme de nature à entacher la sincérité du scrutin, elles ont quand-même eu lieu ; cela a desservi tous ceux qui comme moi, entendaient concourir loyalement.
D’autres que moi ont disposé de gros moyens financiers et les ont utilisés de façon méthodique, pour la corruption et l’achat de consciences des électeurs. Fondamentalement, je suis resté fidèle aux engagements que j’ai pris lors de ma campagne et de mon investiture comme gouverneur de l’île autonome d’Anjouan.
Paradoxalement, cela m’a desservi politiquement.
Question : Quels étaient ces engagements et comment cela vous a-t-il desservi politiquement ?
A.C. : En devenant gouverneur d’Anjouan, j’ai pris l’engagement de préserver la paix, la stabilité et la sécurité à Anjouan et dans l’ensemble du pays, de créer et de maintenir un climat d’entente et de collaboration avec le président de la République et le pouvoir central, afin d’éviter ce que le pays a subi, une décennie durant, en
raison de la guerre des compétences. Je me rappelle ces conseils du président Sambi dans son discours du 23 Mai 2011, lors de mon investiture : « ne faites pas subir au président Ikililou ce que j’ai subi moi-même.
N’appuyez pas sur le frein quand le président de la République accélère » ou encore : « ne cherchez pas la satisfaction des hommes dans votre action, vous ne l’aurez pas ; cherchez plutôt celle de Dieu lorsque vous agissez ». J’ai suivi ces conseils. Et si j’ai parfois parlé un peu plus fort, mon appui sincère et public à l’action du chef de l’Etat a toujours été constant. Si, par conséquent, je perds les élections pour sauver l’Etat et le pays, n’est-ce pas là une autre forme de victoire ?
Question : Les électeurs n’ont-ils pas sanctionné votre rupture avec le parti Juwa ?
A.C. : Quand le parti Juwa, fondé par l’ancien président et auquel j’ai apporté une importante contribution, s’est mis à prôner et à prêcher la rupture, le bras de fer, puis la guerre contre le président de la République et le pouvoir central, je ne l’ai pas suivi, restant toujours fidèle à mes engagements, largement inspirés par l’ancien président Sambi. J’ai refusé de replonger le pays dans la guerre des exécutifs qui a tant nuit à nos îles. Je ne pense pas qu’une politique et une conduite contraires plairaient aux électeurs et électrices anjouanais. Il y a eu surtout le facteur temps qui ne nous a pas permis de nous organiser. Le délai a été très court entre le moment où nous avons constaté que nos choix ne correspondaient pas à ceux du parti, le dépôt
de candidatures et le lancement de la campagne électorale. On est victime d’un réveil tardif et, comme dit l’adage, « la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt ».
Question : Cet échec n’est pas alors imputable à votre bilan à la tête de l’exécutif d’Anjouan ?
A.C. : Je ne le pense pas car durant ces trois ans et demi, j’ai surtout consacré mon temps et mon énergie au développement socio-économique de l’ile. Le développement communal, le renforcement des moyens de communication et d’information, le renforcement de la sécurité, la formation, la coopération décentralisée et l’amélioration des conditions de vie de la population de Ndzouani ont été mes priorités. Nous avons consacré nos finances à aider à la construction des infrastructures routières, hospitalières, sanitaires et scolaires, à la création d’un lycée scientifique d’excellence, à l’aide aux boursiers anjouanais, aux citoyens nécessiteux, aux sinistrés et aux actions éducatives, culturelles ou sportives. Tout cela pour vous dire que l’investissement dans le développement humain, social et économique a été et est resté au centre de mes préoccupations. J’ai essayé de faire d’Anjouan un modèle en matière d’excellence et de gouvernance. L’investissement purement politique ou politicien n’a été pour moi que secondaire.
Question : Ne regrettez-vous donc pas votre choix de la politique de développement ?
A.C. : Je ne regrette pas d’avoir consacré les moyens de l’ile aux actions que j’ai citées. Je persiste à croire que même si nous avons manqué de temps et de moyen, et même si la communication ou la pédagogie n’ont peut-être pas été à la mesure de nos actions, je suis convaincu qu’à terme, nous récolterons les fruits et
obtiendrons les résultats de ces actions, peut-être même dès le second tour de ces élections.
Question : Des Anjouanais attendent que vous sanctionniez votre équipe pour les résultats enregistrés, et vous ne réagissez toujours pas. Pourquoi ce retard ?
A.C. : Je reconnais avoir soumis mon équipe à une rude épreuve, en faveur de notre pays. La sanctionner, peut-être pas. L’améliorer, oui. Je félicite surtout ceux qui m’ont témoigné de leur loyauté. Dans un bateau, il faut un chef et ceux qui n’obéissent pas aux décisions du capitaine lors de grandes manœuvres, en haute mer, doivent être déposés. Cela, je l’ai aussi appris de l’ancien président Sambi et mon ami Antoy Abdou, alors secrétaire général du gouvernement, a été de ceux-là.
Propos recueillis par Nabil Jaffar