Fatima Madi Mlatamou: «Si une femme échoue en affaires, c’est qu’il y a un homme à côté»


Par , le dans l'actualité comorienne
Fatima Madi Mlatamou: «Si une femme échoue en affaires, c’est qu’il y a un homme à côté» Exclusivité. La directrice du projet Amie (Appui à la création et développement des micros et petites entreprises) a accepté de répondre aux questions d’Al-watwan sur l’autonomisation financière de la femme.
La journée internationale de la femme a été célébrée sous le thème de l’autonomisation des femmes. Depuis plusieurs années, on mise sur cette autonomisation pour faire avancer la cause et les droits des femmes. Où en est-on exactement aux Comores, notamment au niveau de votre structure, Amie? Ce qu’on essaie de faire, c’est d’aider le maximum de femmes. Malheureusement, il n’y en a pas beaucoup qui veulent se faire financer, sauf en commerce. Or, Amie ne finance pas le commerce. Celles qui viennent sont pratiquement financées ; seulement elles viennent très peu car elles dépendent des hommes. Souvent, la volonté de s’émanciper rencontre la résistance du mari, du père, de l’oncle ou du frère. Il y a aussi le fait que les femmes n’ont pas souvent de garanties matérielles. Certes, elles sont mariées et disposent de l’or, mais elles doivent demander l’autorisation de l’époux. Des fois, elles ont des terrains qui ne leur appartiennent pas. En plus, elles ne sont pas solidaires. Je vois très souvent des hommes signer des cautions financières à leurs homologues hommes. Par contre, très peu de femmes le font. Tout cela freine leur développement.
Votre structure est l’un des partenaires du gouvernement comorien dans la lutte pour l’autonomisation des femmes. Concrètement, qu’est-ce que vous faites ?
Les dossiers des femmes qui viennent icisont priorisés. Pour les hommes, on privilégie les moins de 40 ans, alors que pour les femmes, on finance tout âge. Pourvu qu’elles puissent mener à bien leur activité et que l’activité soit viable et moralement honnête. Pour les deux dernières années, le chiffre des 42% de projets financés va évoluer. Pour la ligne de crédit du Fonds koweitien, même si elles sont plus favorisées que les hommes, très peu de femmes travaillent dans l’agriculture. Donc, le pourcentage des hommes est élevé.
Avez-vous une idée de combien de femmes vous avez soutenues? Et combien ont-elles réussi ?
Il y en a plein. C’est rare que les femmes échouent, alors que les hommes peuvent échouer facilement. Non seulement, les femmes réussissent mieux, mais elles paient leurs dettes. Certaines femmes, comme elles sont dépendantes des maris, ou des frères, ont recours aux hommes pour la gestion de l’argent. Et ce sont ce genre de femmes qui échouent. Si une femme échoue dans ses affaires, c’est qu’il y a un homme à côté. Soit, il a pris l’argent, soit il n’a pas passé la commande…. Mais, la majorité atteint leurs objectifs par rapport aux hommes.
Les femmes comoriennes accèdent-elles facilement aux crédits auprès des banques classiques ?
Je ne peux pas le dire, car c’est un phénomène qui ne touche pas uniquement les femmes parce que les banques classiques ont des barrières de garanties réelles qui
équivalent au prêt comme dans toute institution financière. Nous, on demande des garanties symboliques. En plus, on encadre les femmes, on les forme et on assure le suivi, alors que les banques donnent de l’argent tout simplement. Donc c’est normal que les femmes viennent plus chez nous pour demander du crédit et qu’elles réussissent mieux par rapport à celles financées par les banques. En plus, les banques financent surtout les femmes commerçantes qui ont de l’or et qui déposent des garanties solides reconnues.
Y-a-t-il une différence entre la femme rurale et la femme urbaine dans la recherche de crédits pour entreprendre des affaires ?
Je ne crois pas. Seulement la femme urbaine est plutôt dans le commerce, le secteur tertiaire ou la restauration et la femme rurale est surtout productive. Elle cultive et coud les habits traditionnels. Chez nous, on reçoit plus les femmes rurales que les femmes urbaines car, comme on n’appuie pas le secteur du commerce, on reçoit plus de femmes rurales qui sont dans le secteur productif.
L’on préconise l’égalité entre hommes et femmes dans les affaires. Quel genre de difficultés peut rencontrer particulièrement une femme quis’investit dans les affaires au niveau du pays ?
Je crois tout simplement qu’on dit privilégier les femmes par rapport aux hommes, mais les femmes n’ont pas aussi les capacités d’affaire que les hommes. Ces derniers suivent plusieurs activités et ont plus de facilités par rapport aux femmes et souvent les facilités sont données par des hommes. Des fois, les femmes sont un peu coincées.
Comme je le disais, on voit rarement une femme faire une caution financière à une autre femme alors que les hommes s’entre-aident facilement. Donc, si on veut vraiment équilibrer, ilfaut encourager les femmes. A notre exemple, on n’a pas mis une barrière d’âge pour financer les femmes et on les finance toutes, pratiquement. 29% des femmes viennent chez nous suivre des formations. 40,8% viennent déposer des dossiers après avoir été sensibilisées, 40,9% subissent des enquêtes de moralité et 46% ont des dossiers présentés au Comab, validé et financé. Elles viennent très peu, mais elles sont nombreuses à être financées.
Quand on lie l’autonomisation de la femme à celle de l’humanité, ça ne vous parait pas trop ambitieux ?
C’est ambitieux mais c’est normal parce que l’humanité est composée de plus de femmes que d’hommes. Si les femmes restent en arrière-plan, rien ne va évoluer. Si on veut vraiment faire un effort de développement, ilfaut autonomiser les femmes. Ilfaut que les femmes investissent, deviennent autonomes et contribuent économiquement comme les hommes. J’airemarqué que les femmes qu’on finance et quiréussissent, on les voit concrètement dans la gestion de la famille. Je vois un enfant qui est envoyé à l’extérieur pour étudier, une habitation dont la construction évolue considérablement,…. Visiblement, on constate que la famille devient plus aisée si on finance une femme.
Un message ?
Je voudrais encourager les femmes à prendre des risques. Quand elles veulent, elles réussissent, mais elles sont un peu frileuses et pourtant, elles sont plus responsables que les hommes et elles sont bien placées en matière de gestion de famille. Je regrette que l’on n’ait jamais vu une jeune femme non mariée venir demander un prêt, or les jeunes hommes célibataires viennent en quantité. Je voudrais encourager les femmes à ne pas attendre qu’elles soient mariées pour s’investir.
Propos recueillis par
Abouhariat Said Abdallah