Surfacturation des communications : L’Assemblée nationale demande des explications à Comores Télécom


Par , le dans l'actualité comorienne
Surfacturation des communications : L’Assemblée nationale demande des explications à Comores Télécom Comores Telecom a annoncé, jeudi dernier, la facturation des appels par application Voip.
L’opérateur public surfacture de façon systématique toutes les communications sur internet utilisant la technologie Voip.
La Commission de la production de l’Assemblée nationale a convoqué, le samedi 30 mai, les responsables de Comores Télécom, de l’Autorité nationale de régulation des technologies de l’information et de la communication (Anrtic) et de l’Association des consommateurs des Tic (Actic) pour s’enquérir de la nouvelle mesure prise par l’opérateur public des télécommunications pour facturer les communications vocales sur internet dans tous ses réseaux. «Nous avons eu beaucoup d’écho de ce quise passe actuellement à Comores Télécom, en l’occurrence au niveau de ses services quifont perdre beaucoup d’argent aux usagers voulant communiquer que ça soit à partir du réseau 3G ou internet de l’opérateur public.
Nous avons fait appel aux différents acteurs du secteur, notamment le directeur général de Comores Telecom, les associations des consommateurs et le régulateur national des Télécommunications pour voir ensemble ce quise passe réellement», a déclaré Hadjira Oumouri, la présidente de la Commission de la production de l’Assemblée nationale, au sortir de cette réunion.
En effet, Comores Telecom a annoncé, jeudi dernier, la facturation des appels par application Voip. Comme nous l’avions révélé depuis plusieurs semaines, l’opérateur public menait depuis plusieurs mois des travaux dans l’objectif de mettre en place une plateforme, baptisée Gazelle, pour surfacturer de façon systématique toutes les communications sur internet utilisant la technologie Voip (appel vocal via internet) sur les réseaux 3G, Evdo (clé Mpessi), Lsi, Adsl et le Wifi(Lire Al-watwan du 16 avril 2015).
«Sur la question du blocage des applications utilisant la technologie Voip par l’opérateur public, comme Imo, Viber, skype ou Facebook messanger et Hangouts, Comores Télécom n’a pas pris l’initiative de revenir sur sa décision. Seulement son directeur général a dit qu’ils vont informer la population pour que les clients sachent ce qu’ ils achètent, ce qu’ils vont payer, et ce qu’ils vont consommer», a soutenu la présidente de la Commission de la production. L’Association de défense des professionnels et des usagers des Tic a montré plusieurs raisons de son opposition à cette nouvelle plateforme mise en place par l’opérateur public.
«La première raison, c’est que nous défendons, comme partout ailleurs, la neutralité de l’internet. Quand on utilise de l’internet, c’est un package qui inclut des data, de la voix, de la vidéo. Donc, il est inadmissible que Comores Télécom fasse une scission entre les données, la voix pour pouvoir facturer. L’opérateur ne respecte pas cette neutralité.
Deuxième raison, c’est que cette nouvelle facturation va creuser encore une fois la fracture numérique, dans la mesure où ce n’est pas tout le monde qui va pouvoir payer», a soutenu Hamidou Mhoma, président de l’Actic.

«Un autre fait, a-t-il expliqué, c’est qu’il manque de la transparence dans cette histoire. Aujourd’hui, personne ne sait combien sera facturé. On ne sait pas combien coûte la voix Ip. Est-ce que ce sont les appels sortants ou entrants quisont facturés. Si on suit l’intervention du directeur de Comores Télécom, on a l’impression que recevoir et appeler c’est la même chose, qu’il y a un crédit qui va partir dans chaque cas». Au cours de la réunion, l’Actic a demandé à ce que Comores Télécom rende public ses tarifs.
Pour Mhoma, «le droit à la réclamation suppose qu’on soit au courant des tarifs appliqués. On ne peut pas réclamer quelque chose qu’on ne connaît pas». L’association et les députés ont exigé que Comores Télécom publie les tarifs, établisse des contrats pour que l’usager sache exactement ce qu’il achète auprès de Comores Télécom. Ils ont aussi exigé le respect du service universel, pour un accès à tous à la téléphonie et à l’internet. «Nous avons rappelé le caractère public de Comores Télécom, parce que le danger c’est que les dirigeants de Comores Télécom pensent qu’ils’agit d’une société privée. Or, ils’agit d’une société publique avec un service public à la clé. Comores Télécom n’arrête pas de dire qu’ils n’on jamais eu de subvention de la part de l’Etat. Mais on subventionne des entreprises qui ne marchent pas. Comores Télécom a les moyens de financer ses investissements, Comores Télécom gagne de l’argent, elle n’est pas la Ma-mwe. Donc, l’opérateur public ne doit pas attendre des subventions de l’Etat. Et le fait que la société ne reçoive plus de subvention de la part de l’Etat n’enlève en rien son caractère public», a rappelé le président de l’Actic.
Djinti Ahamada, conseiller juridique chez l’Autorité nationale de régulation des Tic, a précisé que les services et tarifs mis en place par l’opérateur n’ont pas été validés par le régulateur. «Toute mise en place de nouveaux services ou tarifs nécessite la validation de l’Anrtic. Ce qui n’est pas le cas de services et tarifs lancés par Comores
Télécom.»Pour lui, tout futur opérateur aura le droit de proposer, selon sa convenance, l’utilisation gratuite de la Voip et cela ne peut être invoqué comme de la concurrence déloyale. Abi Amri Mahamoud, patron de Comores Télécom, a expliqué qu’ils’agit d’un passage obligé pour eux parce qu’ils ont besoin de rehausser leurs recettes qui n’arrêteraient pas de baisser. Une baisse quiserait liée à l’utilisation de la VoIp.
Enfin, autres questions abordées au cours de la rencontre, la mystérieuse évaporation des crédits de recharges qui a fait perdre de l’argent à beaucoup de clients de l’opérateur.
«Nous avons voulu savoir le préjudice subi par l’ensemble des clients suite à la perte des crédits. Mais le directeur général de Comores Télécom ne nous a pas donné ces
informations, même s’il y a eu des engagements d’indemniser les clients dans un délai plus bref», a soutenu le président de l’Actic.
Kamardine Soulé