Migrants comoriens en Libye : Témoignage au cœur de l'enfer.


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Migrants comoriens en Libye : Témoignage au cœur de l'enfer. Ils étaient quatorze au total. Quatorze Comoriens partis du Mali vers la Libye, en passant par l’Algérie. Le périple commence à Bamako, la capitale malienne. Entassés dans d’énormes bus, ces migrants rallient la ville de Gao. Et de Gao, ils joignent en pickup l’Azawad. Le début de l’enfer.



Le voyage, de l’Azawad à Tripoli, durera 22 jours de “souffrances” dans le désert, assiégés par la faim et la soif. “Le corsaire avait donné à nos réceptionnistes de l’argent pour qu’ils se chargent de notre nourriture.

Mais ils n’ont rien fait de tel. Heureusement, on avait un peu d’argent sur nous. Et on s’est débrouillé avec” raconte, Darkawi Ahamada Soumara, alias Mickel TG “le révolutionnaire” migrant comorien actuellement en Guinée Conakry.

Nos migrants iront de ville en ville, couverts de capuchons et interdits de parole. Ils montent par groupe de 20 à 25 personnes dans des 4X4, jusqu’à 300 dans des remorques. Mickel TG poursuit



on nous faisait monter dans les véhicules en nous frappant. Dans les maisons d’accueil on n’avait le droit de faire quoi que ce soit, sinon on nous frappait encore. Le jour de notre départ, on nous avait pourtant parlé de zodiac militaire, mais on n’a rien trouvé de tel. Ce n’était que des paroles en l’air. Le pire c’est que si on refusait de monter, ils menaçaient de nous ôter la vie.


Qu’en est-il de la vente de Comoriens comme esclaves ? Notre source affirme n’avoir rien vu de tel, mais n’écarte pas pour autant cette hypothèse. “Personnellement, je n’ai pas été témoin de cela, mais tout le monde en parle. Ce sont des jeunes migrants continentaux qui subissent ces traitements. On peut considérer que cela arrive aussi à des Comoriens” dira notre source.

L’hypothèse n’est pas à écarter sachant que parmi ces quatorze Comoriens, seuls trois ont pu s’arracher de cet enfer pour rejoindre la Guinée. Pour Darkawi Ahamada Soumara



les Comoriens sont nombreux en Libye. Dans notre groupe nous étions quatorze. Onze hommes et trois femmes. Nous ne sommes que trois actuellement en Guinée. Les autres on ne peut pas dire où ils sont.


Pour le président de l’association Shime Mandela, Aubin Rachid, il ne fait aucun doute : il y a des Comoriens dans ce que l’on appelle abjectement “marché d’esclaves”. “Tout porte à le croire”, dit-il. Cela fait trois mois, précise-t-il, qu’une femme de la région de Hambu est restée sans nouvelles de son mari.

L’Organisation des Nations-unies (Onu), l’Union africaine (Ua) et la Ligue arabe doivent, selon lui, se lever pour mettre un terme à cette pratique. L’association Shime Mandela entend, elle, soumettre prochainement une requête au ministère des Affaires étrangères. Elle appelle toutes les Ong à “suivre cette dynamique”.

Dayar Salim Darkaoui