Remonté. Voire écoeuré. Il était muet depuis le 24 avril, jour de son éviction. Mais hier, Stéphane Salord a décidé de s'exprimer. Pourquoi le consul des Comores a-t-il été démis de ses fonctions ? Cet enseignant en sciences politiques, né à Marseille et installé à Aix, voit trois raisons à son limogeage : "On recevait, au consulat à Marseille, entre 400 et 600 personnes par semaine, auxquelles on facilitait les démarches, ce qui permettait de combattre les faux documents et tampons ou signatures scannées. On faisait du bon travail. Je pense que notre réussite n'a pas plu à Moroni. Je paie aussi mon boycott de la Yemenia après le crash.""J'ai géré cette affaire sans aucun soutien du gouvernement comorien qui a accepté que la compagnie poursuive ses vols alors qu'il n'avait pas les conclusions de l'enquête. On savait depuis 8 ans que cette compagnie posait problème. Enfin, je paie ma volonté de donner le droit de vote à la communauté. Il faut savoir que 50% des recettes du pays proviennent de l'aide de la diaspora. Et la moitié de ces 50% vient de Marseille, qui compte la plus grosse diaspora du monde. Je voulais qu'elle ait un poids politique. Mais elle est privée de son droit de vote, ce qui est anticonstitutionnel."
Après son éviction, Stéphane Salord pensait pouvoir revenir. "Je pensais que l'intelligence reprendrait le dessus mais ça n'a pas été le cas." Ouvert il y a 15mois (pour 80000 Comoriens) le consulat n'est plus qu'une boîte aux lettres et devrait fermer ses portes le 17 juin. "S'il n'y a personne pour me succéder, on va se diriger vers une régression très rapide du mode de vie des Comoriens qui ont été trahis", poursuit Stéphane Salord, consul honoraire, qui était obligé de trouver lui-même les moyens financiers de faire fonctionner le consulat avec ses huit salariés.
En pleine crise constitutionnelle, l'État comorien, auquel s'oppose aujourd'hui un gouvernement en exil... à Marseille, va-t-il pouvoir se pencher sur la succession de Stéphane Salord ? Contacté à Moroni, l'ambassadeur Abdallah Mirghane est catégorique: "Nous y travaillons actuellement. Il y a plusieurs candidats et nous y verrons plus clair après le 15 juin. Sachez déjà qu'il s'agira d'un Comorien." Quant à l'éviction de Stéphane Salord, l'ambassadeur ne mâche pas ses mots.
"On l'a démis de ses fonctions parce qu'il ne servait pas les intérêts des Comoriens. Sa gestion était opaque et il ne rendait jamais compte de ce qu'il faisait. Je l'ai pourtant convoqué mais il ne s'est jamais présenté, menaçant même de tout plaquer si on l'embêtait. Il a savonné la planche sur laquelle il se trouvait. Mais que les Comoriens se rassurent. Ils auront un consul. Et rapidement."
Jean-Jacques FIORITO
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