Les intellectuels CRC ou les théoriciens de l’amalgame ?


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Tout le monde sait que dans « le Prince », Machiavel a répondu, en 1532, aux interrogations suivantes : « comment faire pour arriver au pouvoir ? Comment faire pour y rester ? » Et selon la doctrine machiavélienne : « tous les moyens sont bons ». Et bien, Azali et ses amis se révèlent, en 2018, en dignes émules.
Après avoir manipulé une certaine jeunesse avec des fausses promesses, Azali Assoumani est parvenu, à l’élection primaire de 2016, à arracher une troisième place par ailleurs contestée. Il a ensuite su cajoler les candidats du parti Juwa et leur président d’honneur pour appuyer son élection au deuxième tour. Il fut élu à l’issu d’un troisième tour inédit, sans contestation possible.
Mais le mariage entre les deux parties n’a duré qu’une petite année, après la rupture des relations entre l’Union des Comores et le Qatar, au tout début du conflit diplomatique entre ce dernier et l’Arabie Saoudite.
Sambi et les siens ont rejoint l’opposition et pris position avec les autres partis formant l’Union de cette opposition contre la version proposée des assises et l’organisation d’un référendum au mépris des règles institutionnelles. Immédiatement, on a vu l’apparition d’un mouvement de cadres et intellectuels azalistes. Pour eux, il faut manipuler l’opinion publique, notamment la jeunesse, contre toute idée d’un rassemblement large d’une opposition.
D’où la propagation de la théorie selon laquelle, tous ceux qui s’opposent aux assises, puis au référendum sont pour la défense de Sambi, en résidence surveillée depuis le mois de mai, et le retour aux affaires de Mamadou, lui aussi dans le viseur de la justice dans le cadre de l’enquête manipulée sur la citoyenneté économique. Ils sont aussi contre l’émergence des Comores.
Rappelons que depuis, le royaume des Saoud appuie fortement le régime Azali et pousse son gouvernement à être anti-Sambi et anti-Chiites.
Argent contre injustice, promesse contre répression, argent contre la paix. Mais Azali et ses proches, acculés et affolés par la peur de l’échec ont facilement accepté le deal.
Les Saoudiens ont même proposé de débaucher certains leaders de l’opposition dont Mamadou pour isoler Sambi et le parti Juwa.
En fait, comme Azali est déjà président, et qu’il veut le rester encore 10 ans à partir de 2019, il faut ajouter l’amalgame aux mensonges déjà organisés depuis 2 ans.
Nul n’ignore le montage rocambolesque au sujet des fonds propres pour la construction de l’hôpital El-Marouf. On a fini par le recours à un emprunt commercial auprès d’une banque étrangère avec un taux non concessionnel bien évidemment. Tout le monde se rappelle du budget imaginaire de 100 milliards destiné à mettre le pays sur les rails de l’émergence. Catastrophique ! Depuis, les soi-disant économistes du président rasent les murs, et aucune communication sur les chiffres réels du budget de l’Etat.
Le fameux slogan, un jeune=un emploi s’est transformé en un jeune=un chômeur. Pour ce qui est de la lutte contre la corruption, on a supprimé illégalement la commission anticorruption pour laisser tout pillé et détourné sous silence. Quant à la justice, elle est devenue l’appendice du régime. Elle emprisonne et libère sous ordre sans broncher. Heureusement que certains journalistes qu’on a voulus endoctriner se sont rebellés contre la censure et l’inculture.
La tâche est donc transmise aux cadres et intellectuels du régime CRC, qui, inconditionnellement, ont courbé l’échine devant le pilote de la régression.
Derrière eux, des politiciens, connus pour la plupart, de leur instabilité dans leur engagement. Les uns avaient constitué, il y a pas si longtemps, le cercles très proche du candidat de l’UPDC, Mohamed Ali Soilihi. Les autres ont changé de camp en un clin d’œil avant le fameux 3e tour tel les collabos d’Hitler ayant du rejoindre la résistance dès qu’ils ont senti l’effondrement de l’armée allemande. Inutile d’évoquer le cas flagrant des ex défenseurs des droits de l’homme, de la justice sociale, de la démocratie, de la paix. Ils sont tous devenus le prototype du Rastignac postmoderne, prêts à tout pour parvenir à leurs fins.
La mission de toute cette meute est fort simple : inventer, mettre en scène et manigancer pour que l’opposition à l’autoritarisme explose. Peine perdue. Car les hommes et les femmes, jeunes et vieux qui tentent de faire reculer Azali ne sont pas dupes et ont compris le complot et la théorie de l’amalgame.
La violation des institutions, le non respect de la loi, la remise en cause de la paix nationale, tout le monde y tient. Pas seulement Mamadou et Sambi, même si leur sincérité est à prouver vu ce qu’ils ont fait au cours de leurs régimes. Les paysans, les jeunes, les taximen, les chômeurs, les syndicalistes, les ouvriers, les cadres, ils sont aussi attachés à ces valeurs qui ont longtemps fait la fierté du Comorien.
Voilà ce qui explique l’échec de la théorie. Du moins pour l’instant.
Aujourd’hui, c’est l’intérêt général qui prime sur les diverses envies individuelles. Le sort de Mamadou, de Sambi, du vice-président Djaffar, de Hassani Hamadi, et de qui que se soit au sein de la classe politique nationale importe peu par rapport à l’agression violente subie de plein fouet par nos institutions et par le peuple comorien. Et bien, comme tout le monde est attaqué, tout le monde doit agir à son niveau suivant le principe de Gulliver : malgré leurs petites tailles, les Lilliputiens sont parvenus à immobiliser et attaché le géant animal grâce à la mutualisation de leurs forces multiples. Azali et ses théoriciens risquent d’apprendre à leurs dépends le succès du principe de Gulliver et les Lilliputiens.

Ali Mmadi(alimmadi@yahoo.fr)


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