Le 5 avril 1977, une éruption du Karthala, détruit Singani à 80%

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Singani est un village de la commune de Djumwa Panga, région de Hambu, à l’ouest de la Grande Comore, situé sur la route nationale 2, à 18 km au sud de Moroni, capitale des Comores.
Singani compte environ 2550 habitants et comme dans tout le pays, une forte majorité de jeunes.

Le mardi 5 avril 1977, après trois jours de tremblement de terre, dans les environs de midi, une explosion a retentit sur les flancs du Karthala. C’était une éruption volcanique, un mardi noir pour la population.
Selon Hamid Soulé volcanologue du CNDRS :  » le matin, dans la forêt de Mdjwayezi, l’éruption est sortie pour descendre vers Hetsa et Singani ».
En effet au dessus du village, une coulée de lave, va glisser lentement et prendra trois heures avant d’atteindre l’océan. La coulée du magma a durée 10 jours d’affilés.
Selon Damir Ben Ali, historien, anthropologue, alors employé de Radio Comores :  » tout le village a été envahi par deux coulées de lave, seule une parcelle occupée par la mosquée de vendredi et l’hôpital n’a pas été touchée ».

Il y a eu des dégâts matériels, 293 maisons ravagées et 80% du village détruits, mais aucun mort à déplorer. Même Mohamed Hassani, le savant religieux, qui refusa de quitter sa demeure a été trouvé en vie malgré que la lave avait encerclé sa maison.

Cette catastrophe est survenue à un moment où le pays affrontait une autre catastrophe : le conflit de Majunga, avec le rapatriement des comoriens, le 4 avril 1977. Mais le pouvoir d’Ali Soilihi, aidé par la population a su faire face à l’urgence.
Selon Damir Ben Ali :  » la radio Comores a fait une annonce, appelant tous ceux avec une voiture de prendre la route vers Singani ».
Selon Hamid Soulé volcanologue du CNDRS :  » il n’y avait pas d’organisme de secours civil, ni d’observatoire du Karthala, juste une prise en charge des responsables de l’État de l’époque, l’armée conduisait la population vers les camps, dont l’actuel CNDRS faisait parti. »

Après deux voyages Moroni- Hambu, Damir Ben Ali constatant que de l’autre côté de Singani vers le Mbadjini, personne n’avait de nouvelles, il a fait le tour en passant par Washili et Dimani. Une décision qu’il avoue avoir pris à la hâte , puisqu’il pouvait passer par Mdjwayezi, village au dessus de Singani et qui n’avait pas été touché, et par des chemins forestiers, accéder de l’autre côté.

Les habitants de Singani etaient éparpillés dans les villages de la Grande Comore, chez des proches. Très vite, ils ont exprimé leur désir de retourner à leur village. Mais il a fallu attendre 1980, pour qu’un élu de la circonscription, le député Soulé Abderemane, obtienne un budget de terrassement des roches volcaniques qui encombraient le site, afin de rebâtir le nouveau Singani.

Ainsi la date du 5 avril, pour les waSingani, est une date importante qu’ils commémorent tous les ans. Une date qui marque un tournant dans leur histoire, le jour où ils ont vu leur village disparaître sous les coulées de laves. En commémorant cette journée, ils rappellent à l’ensemble des waKomori qu’une éruption est possible à tout moment mais que le courage des hommes et des femmes et leur détermination, créent de nouveaux villages.

On pourrait dire qu’entre les waSingani et ce volcan, c’est presque une histoire d’amour très spéciale puisqu’on raconte qu’en 1497, leurs ancêtres ont quitté Ndrubini pour le site de l’actuel village de Singani à cause d’une éruption volcanique.

Soidroudine Mohamed Stayve

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