Transports aériens : Quand l'Anacm joue avec la vie des passagers


Par , le dans l'actualité comorienne
Transports aériens : Quand l'Anacm joue avec la vie des passagers En catimini, l’aviation civile comorienne fait revenir le même avion appartenant à Blue Sky et banni du pays à cause de ses multiples problèmes mécaniques à l’origine d’un crash évité de justesse récemment à l’aéroport Moroni PSI. Un jeu de dupes qui risque de coûter cher à l’institution, déjà fortement décriée.

Sur recommandation du ministère des transports, l’aviation civile comorienne (Anacm) a signé le 11 aout dernier une autorisation de survol et atterrissage (clearance) pour un avion de type Let410 supposé être exploité au Kenya par la « compagnie aérienne » Coastal Airline. Ledit avion attendu incessamment à Moroni est censé venir « remplacer l’autre » appareil de Blue Sky, banni du territoire national par les autorités à la suite d’un crash évité de justesse vendredi 28 juillet à Hahaya avec à son bord un membre du gouvernement.

Sur la clearance dont nous avons copie, l’aviation civile comorienne indique que l’appareil attendu pour effectuer du cabotage entre les îles est exploité par Coastal Airline. Donc nouvel appareil et nouvelle compagnie. La surprise est que ce n’est ni l’un ni l’autre. En effet, cet avion supposé être exploité par Coastal Airline est un Let410, même type que celui exploité par Blue Sky. Autre surprise, et pas des moindres, il porte le numéro de registre 5Y BOD. Le même que celui de l’avion exploité par Blue Sky. Deux avions différents peuvent-ils porter le même numéro de registre ? Circulons !

Une autre surprise, encore une autre, repose sur Coastal Airline, la société présentée comme compagnie aérienne qui exploite actuellement l’avion. Selon nos informations et nos recherches sur le web, cette compagnie n’existe nulle part au Kenya, encore moins dans le monde. Coasta Airline ne serait en réalité qu’une société fictive dont se servent le ministère des transports, l’Anacm et Blue Sky pour duper l’Etat, ce dernier refusant la présence à Hahaya des cercueils volants de Blue Sky, société dont la principale activité est le transport de cargo entre le Kenya, le Sud-Soudan et la Somalie.

Pour obtenir un avion de type Let410 il faut mettre sur la table 160 000 Dollars. La moitié pour un mois d’avance et l’autre moitié pour la caution. Telles sont en tout cas les exigences des loueurs d’avions réputés sérieux. L’Etat en soi n’étant pas impliqué dans cette opération opaque, ses initiateurs du ministère des transports, de l’Anacm et Blue Sky se trouvent naturellement incapables de décaisser cette somme (lire notre édition du 31 juillet). Et par conséquent ils font venir le même appareil en le faisant passer pour un autre pour profiter du vide laissé par les compagnies comoriennes en difficulté à cause de l’Anacm.

Si Blue Sky a été représentée jadis par Comr’Air Assistance qui, soit dit en passant, a vendu en seulement 6 jours (du dimanche 23 au vendredi 28 juillet) des billets d’une valeur de 8 millions de nos francs, Coasta Airline est quant à elle mise à la disposition d’un homme d’affaires. Ce dernier détenait il y a belle lurette une agence d’Air Tanzanie à Moroni. Si on en croit à certaines informations, le directeur général de l’Anacm qui, rappelons-le, est sur la sellette du gouvernement, aurait rencontré ce futur représentant de Coasta Airline au domicile de ce dernier.

Toufé Maecha