Mayotte : les racailles qui dirigent les Comores prétendent ne pas être au courant des expulsions


Par , le dans l'actualité comorienne
Mayotte : les racailles qui dirigent les Comores prétendent ne pas être au courant des expulsions Le bras de fer qui opposait la diplomatie comorienne et le Quai d’Orsay ne semble pas terminé. Pourtant, même si le ministre des Affaires étrangères dit ne pas être au courant les expulsions de Mayotte vers Anjouan ont repris depuis un moment et la France émet de nouveau des visas pour certaines catégories de Comoriens.

Monsieur Zakaria*, la cinquantaine vit à Mayotte depuis près de dix ans. Il a une partie de sa famille à Anjouan et l’autre à Mayotte. La connaissance de son métier fait qu’il ne chôme quasiment jamais. La semaine dernière, il a fait l’aller-retour Mayotte-Anjouan deux fois en une semaine. Cela lui a coûté près de 1500 €.

Deux allers-retours en une semaine

Arrêté une première fois par la police en fin de semaine, il a été embarqué dans un bateau de la ligne régulière Mayotte-Anjouan à destination de Mutsamudu. Il a eu le temps de revoir la famille, notamment ses enfants restés sur place et deux jours plus tard, il a pris un kwasa-kwasa pour revenir à Mayotte.

Le métier pour les passeurs est devenu difficile. Puisque l’État comorien refuserait, selon les dires des autorités comoriennes, le retour de ceux qui sont pris par la police, les surveillances des côtes maoraises se sont renforcées. Par conséquent les risques de saisie des barques sont importants et donc les prix ont subitement augmenté. Pour son retour à Mayotte Monsieur Zakaria a dû débourser 700 euros pour un kwasa-kwasa de « luxe », c’est-à-dire ne transportant que quelques personnes, en l’occurrence dans sa barque ils n’étaient que sept. Il y a un mois, il fallait débourser 600€.

Malheureusement pour Monsieur Zakaria, son embarcation a fait partie des trois kwasa-kwasa interceptés par la police française ce soir-là. Dès le lendemain, il était de nouveau dans un bateau régulier en direction d’Anjouan. Après les formalités d’usage, il se mit encore à la recherche d’un nouveau kwasa-kwasa. Cette fois, en manque d’argent, il a dû donner des garanties au propriétaire d’un autre kwasa-kwasa. Avant la fin de la semaine, il était encore une fois à Mayotte et s’apprêtait à reprendre son travail. Il est certain que si, demain, il est repris par la police et renvoyé à Anjouan, il trouvera les ressources pour revenir. Sa vie est déjà faite à Mayotte depuis 10 ans. Si Sisyphe était là, de nos jours, il serait policier français, affecté à Mayotte.

Le ballet des kwasa-kwasa
Il en est ainsi dans l’archipel des Comores depuis plus de vingt ans. Des messieurs Zakaria, il y en a des milliers. Et également des mesdames Zakaria, qui parfois, dans le « Silec », le Centre de Rétention administratif (CRA) ne révèlent pas à la police qu’ils laissent à Mayotte des enfants en bas âge, partent avec inquiétude, mais aussi avec l’espoir de revenir rapidement pour retrouver leurs enfants. Face à l’hypocrisie des États, les hommes tentent de vivre comme ils peuvent, et souvent en jouant au chat et à la souris, ou en mettant, à chaque fois, leurs vies sur la roulette.

L’État comorien continue à dire qu’il refuse les expulsés de Mayotte. L’État français continue de faire semblant de le punir en lui refusant des visas. Et entourés par les dorures du Quai d’Orsay, les envoyés du gouvernement comorien promettent d’arrêter tout transport d’hommes entre les îles sur des embarcations irrégulières (kwasa-kwasa). L’État français, de son côté, fait semblant d’y croire, tout en demandant à participer à ces contrôles et en renforçant la surveillance des côtes maoraises.

Il y a encore moins d’un mois, avant de quitter Moroni pour Paris avec une délégation pour reprendre des négociations avec le Quai d’Orsay, le ministre des Affaires étrangères comorien a été interrogé par une journaliste d’Al-Watwan, qui depuis a été licenciée sans aucune forme de justice. Elle lui demandait de confirmer que les expulsés de Mayotte étaient de nouveau acceptés à Anjouan. Le ministre avait rétorqué qu’il n’était pas au courant, mais qu’il allait se renseigner. Depuis, il n’a ni confirmé ni infirmé l’intuition de la journaliste. Il n’a même pas encore parlé des conclusions de cette rencontre.

« Je ne suis pas au courant… »

Mais, il n’y a plus aucun doute sur la reprise des expulsions. À Mayotte, de nouveau les contrôles s’intensifient sur terre et sur mer. Plusieurs embarcations sont arrêtées, confisquées et détruites. Apparemment, l’État français ne compte pas sur une collaboration ouverte du gouvernement comorien. Le fait qu’il ferme les yeux sur les retours discrets lui suffit.

Un document du Centre de Rétention administratif de Mayotte (CRA) est même venu confirmer la reprise. Il a tourné dans les réseaux sociaux à partir du 11 septembre. Il s’agit de la liste de 89 personnes de nationalité comorienne, dont 10 femmes et 7 enfants (âgés de 2 à 17 ans), embarqués dans le bateau « Gombessa » de la compagnie SGTM le 10 septembre 2018 vers Anjouan. Ce n’est pas la première fois que ces départs sont organisés. Un tel document est remis au commandant du bateau, qui le donne ensuite aux autorités portuaires à Mutsamudu. Est-il imaginable que malgré un arrêté ministériel, malgré le fait que le ministre des Affaires étrangères dit partout qu’il n’accepte pas le retour de Comoriens de Mayotte, les policiers comoriens cachent ces retours à leur gouvernement ? Pourtant, le ministre des Affaires étrangères n’est toujours pas au courant, selon ses dires. C’est un drôle de pays dans lequel des bateaux arrivent avec des ressortissants expulsés et inscrits sur une liste présentée à la police des frontières, sans que les autorités soient immédiatement informées.

Tant que chacun accepte sa part de silence…

Depuis plusieurs mois, des femmes campent devant la Préfecture de Mayotte pour empêcher toute entrée dans le service de l’immigration. Même les enseignants européens dont les titres de séjour arrivent à terme ont dû passer par des portes dérobées pour accéder aux services de l’immigration et obtenir une prolongation de ces documents. Des centaines de dossiers sont en instance. Des vies sont brisées faute de renouvellement de titres de séjours. Les femmes justifient leur acte par le fait que le gouvernement comorien continue à refuser les expulsés de Mayotte. Il suffirait que la préfecture leur dise que les expulsions ont repris depuis belle lurette et pour preuve leur montre les listes des gens qui sont reconduits à Anjouan chaque semaine. Mais, ici aussi, on préfère le silence.

MIB