En quête de teint clair, mais à quel prix ?


Par , le dans l'actualité comorienne
En quête de teint clair, mais à quel prix ? En Afrique et en Asie, le phénomène du blanchiment de la peau gagne du terrain. Avoir la peau claire est synonyme de beauté. Les Comores ne font malheureusement pas exception. Une pratique condamnable qui met en danger le système immunitaire comme l'explique Dr Tadjiri, dermatologue. « Ces produits contiennent de la corticoide. Utilisée à forte dose, le produit endommage la partie épidermique de la peau et expose la femme à de nombreuses maladies dont le cancer », alarme Dr Tadjiri Ahamada, dermatologue, dans un entretien accordé à La Gazette des Comores.

Éclaircir sa peau pour la rendre plus belle, le phénomène touche de plus en plus de personnes aux Comores. Au delà de l'esthétique, la pratique, condamnable, traduit un besoin pour ces personnes, de convenir à un standard. Mais à quel prix? Les produits de dépigmentation, qui contiennent des cortisones, mais aussi parfois du plomb ou encore de l'hydroquinone, une substance chimique utilisée dans le milieu industriel et dont l'utilisation à long terme provoque le cancer, agissent en bloquant le plus souvent la voie de synthèse de la mélanine. La peau étant composée de 3 couches (épiderme, derme et hypoderme), il est évident que si l'on se débarrasse de l'une d'elles, on devient sujet à des infections.

En 20 ans d'exercice, Tadjiri Ahamada constate avec amertume que celles qui sont friandes de ces produits sont loin de se rendre compte du danger qu'ils représentent. « Ce qui m’étonne le plus, la plupart d’entre-elles viennent consulter pour des traitements. Malheureusement, après avoir guéri, elles récidivent... Les premiers jours, on a la peau claire, unie, sans acné. Mais au fur et à mesure, l'acné apparait, infectieux de surcroit. Peu à peu, la peau redevient foncée à certaines parties du corps. On devient multicolore ».

Et à celles et ceux qui usent de ces produits pour soigner leur acné, il leur conseille de consulter un médecin pour éviter que la peau ne soit détériorée. Car les produits dont il est question sont accessibles partout et vendus comme des petits pains... au marché. Les détaillants, qui les vendent au même titre que les crèmes pour cheveux ou le maquillage dans les marchés de la capitale (c'est dire comme ils banalisent ou ignorent la dangerosité de ces produits) démentent en détenir quand ils s'aperçoivent que leur interlocutrice est journaliste: « Je ne savais pas que tu étais journaliste! A cause de toi, je risque d'être délogé de mon lieu de travail et ma marchandise sera confisquée », a lâché un de ceux rencontrés sur place.

Le mécanisme permettant aux commerçants d'esquiver les douaniers et faire entrer ces produits sur le territoire semble bien ficelé et surtout bien gardé... Le blanchiment de la peau, heureusement, ne fait pas l'unanimité. « Si l'envie me prend d'épouser une blanche, j’irai la chercher ailleurs », a lancé, l'air agacé, Machouhouli Said, vendeur à Volo Volo. Restez comme vous êtes! C'est votre beauté naturelle qui nous attire », dira-t-il. « On ne peut pas défier la nature. Personnellement, ma femme, je la préfère avec sa beauté naturelle », a confié un autre interlocuteur. Le phénomène, qui tend à croître, touche également les hommes. Aux Comores, aucune campagne de sensibilisation ni étude sur ce fléau n'ont été entreprises.

Binti Mhadjou