Comores- France : Tout ça… pour ça !


Par , le dans l'actualité comorienne
Comores- France : Tout ça… pour ça ! Nous l’ avons annoncé dans notre dernier billet, les résultats du référendum sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie auront un impact sur les relations entre la France et les Comores minées par l’imbroglio juridique du statut de l’ile de Mayotte.


Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministre comorien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale ont signé une déclaration conjointe ce 6 novembre 2018 dont l’essentiel du contenu est axé sur la lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte. Les termes de cette déclaration sont diplomatiques, mais l’objectif final c’est la reprise des expulsions des Comoriens à Mayotte après leur suspension par le gouvernement de l’Union des Comores le 29 mars 2018. La déclaration parle de " migrations légales et maîtrisées" , de " lutte contre les trafics d’êtres humains" et de " traiter les causes profondes des migrations qui affectent les équilibres économiques et sociaux de la région" . Des décisions et des engagements réciproques en matière de lutte contre les mouvements de populations non maitrisés et de sauvegarde des vies humaines en mer, ainsi qu’en matière de développement seront prises selon la déclaration. Ainsi la France aidera les garde-côtes comoriens pour traquer les Comoriens qui veulent se rendra à Mayotte par Kwassa Kwassa. Elle œuvrera pour un contrôle des mouvements de population non-maîtrisés entre les différentes îles, et pour convenir d’un cadre propice à une circulation régulière des personnes en toute sécurité, en d’autres termes, le visa Balladur, est maintenu.Et le clou de la déclaration, c' est la mise en place d' un Comité de pilotage franco-comorien de haut-niveau auquel seront associés des élus mahorais afin d’assurer le suivi de l’ensemble des engagements de la déclaration.


Ainsi, pour la première fois depuis l’accession à l’indépendance des Comores, une déclaration conjointe franco-comorienne reconnait la participation des mahorais dans une entité bipartite mise en place par les deux Etats. La déclaration de Paris sur l'amitié et la coopération entre la France et les Comores du 21 juin 2013) signée par les anciens président Francois Hollande et Ikiliou Dhoinine avait fait fi de la présence des mahorais dans le Haut Conseil Paritaire. Ainsi, les Comores acceptent de faire entrer le loup dans la bergerie. Il y a un an, dans une interview accordée à une télévision française ce 11 décembre 2017, le président de l’Union des Comores, Azali Assoumani, avait annoncé que les mahorais vont participer au sein de la délégation française dans les discussions entre les Comores et la France. Ainsi, les Comores se plient encore une fois aux exigences françaises et mahoraises.


Pour résoudre la question territoriale de Mayotte, le dialogue avec les mahorais, soutenu par la France, n'est pas la meilleure solution. Une population qui a un niveau de vie 10 fois supérieur au reste de la population comorienne, ne peut jamais discuter objectivement avec les responsables de l'Union des Comores qui réclament le retour de leur île dans le giron comorien. Un retour qui signifie pour les habitants de Mayotte, « la misère » et " l'instabilité”.


De deux choses l'une, soit les Comoriens acceptent le fait accompli et la séparation à l'amiable avec les mahorais et ils pourront discuter de la coopération régionale et des relations de bon voisinage, soit ils continuent, la revendication de Mayotte, et il faudra alors qu’ils négocient avec la France qui administre l’ile pour trouver une solution. Une négociation franche sans tabou avec des diplomates rompus aux arcanes des négociations et à cet effet, les Comoriens doivent former leurs diplomates pour entamer des négociations solides avec la France.

Dialoguer avec les Mahorais pour vouloir résoudre le conflit territorial qui oppose les Comores et la France, c'est tomber dans le piège des français qui veulent réduire ce conflit en un conflit comoro-comorien dont la résolution dépend de la volonté des « mahorais ». Et justement c'est sur la base de la volonté des « mahorais » que les français ont balkanisé l'archipel des Comores.

Vouloir changer le consentement des habitants de l'île Mayotte par le dialogue, c’est faire preuve d’une grande naïveté. Car le dialogue avec les mahorais n’aboutira qu’à un seul résultat : l’acceptation du fait accompli par les Comoriens, ce que veut justement l’Etat français. Les mahorais eux, veulent la capitulation des Comoriens.


Depuis l’accession des Comores à l’indépendance des Comores le 6 juillet 1975, les Comores ont lâché du lest au profit de la France et des mahorais dans l’espoir de trouver une solution à ce conflit territorial. Les concessions comoriennes ont toujours été exploitées comme une victoire par les mahorais. Du retrait de la question de l’ile comorienne de Mayotte à l’Assemblée Générale des Nations Unies, à l’intégration de Mayotte aux jeux des iles de l’océan indien par la volonté des Comores, ces gestes ont renforcé les positions mahoraises qui demandent beaucoup plus aux Comoriens. Les petits gestes consentis par la France pour rapprocher les 4 iles de l’archipel, sont combattus par les mahorais à l’instar de la feuille de route du 12 septembre 2017, qui veulent aucun rapprochement avec la partie indépendance tant honnie.


Ainsi, les concessions comoriennes n’ont jamais favorisé le rapprochement des iles de l’archipel, au contraire, elles ont été transformées en victoire de la part des mahorais. Ce que veulent réellement les mahorais, c’est la capitulation comorienne, l’acceptation du fait accompli, Mayotte française et la discussion de la coopération régionale et des relations de bon voisinage. Le dialogue avec les mahorais est un dialogue de sourd.

Le dialogue avec les mahorais est un combat perdu d’avance qui n’apportera pas une solution pérenne au conflit territorial qui oppose les Comores et la France. C’est plutôt, faire entre le loup dans la bergerie pour décimer l’Etat Comorien.

Avec cette déclaration, les Comores et la France n’arrivent pas à surpasser le litige territoire pour discuter d’une vraie coopération « gagnant-gagnant » respectueuse de la position de chacune des parties. La France continue d’imposer son diktat et une « Coopération régionale » de saupoudrage, de mépris et d’arrogance.

Mayotte sera française pour les prochaines décennies et malheureusement, les Comoriens continueront à payer le prix cher de cette présence.







Paris, le 6 novembre 2018



Déclaration conjointe du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministre comorien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.


Attachées à la densité et à la qualité des liens qui les unissent, la France et les Comores, souhaitent travailler conjointement à l’amélioration durable des conditions de vie et de la sécurité des ressortissants de leurs deux pays, faciliter des migrations légales et maîtrisées, lutter contre les trafics d’êtres humains et traiter les causes profondes des migrations qui affectent les équilibres économiques et sociaux de la région.

Des décisions et des engagements réciproques en matière de lutte contre les mouvements de populations non maitrisés et de sauvegarde des vies humaines en mer, ainsi qu’en matière de développement, accompagneront ultérieurement dans la durée la levée ce jour des mesures prises par les Comores par arrêté et note circulaire du 21 mars 2018 sur les réadmissions et des mesures prises par la France par décision interministérielle du 29 mars 2018 et du 4 mai 2018 sur les visas.

La France et les Comores tiennent à affirmer leur volonté d’engager, ensemble, une nouvelle dynamique de partenariat.

Afin d’atteindre cet objectif, à l’issue d’un dialogue régulier et nourri, et en concertation avec les élus mahorais, les autorités françaises et comoriennes sont convenues :

1) d’engager des actions en faveur de la sécurité maritime et la sauvegarde des vies humaines en mer en luttant contre les trafiquants d’êtres humains entre les îles de l’archipel et en apportant aux garde-côtes comoriens un appui matériel et humain notamment à travers des actions de formation ;

2) d’oeuvrer en faveur d’une gestion concertée et rationnelle de la circulation des personnes et d’un contrôle des mouvements de population non-maîtrisés entre les différentes îles, et de convenir d’un cadre propice à une circulation régulière des personnes en toute sécurité ;

3) de relancer, sur de nouvelles bases et selon des modalités adaptées, la coopération bilatérale entre la France et les Comores avec un projet ambitieux de développement axé, entre autres, sur la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, l’éducation, l’emploi, l’agriculture et la santé ;

4) de signer dans ce dernier domaine un accord intergouvernemental permettant une refonte de la coopération sanitaire sur la base des travaux menés par la mission de Mme Voynet et de Monsieur Renouf, mandatée par le Premier ministre français ;

5) de mettre en place un Comité de pilotage franco-comorien de haut-niveau auquel seront associés des élus mahorais afin d’assurer le suivi de l’ensemble de ces engagements.

Ces différentes mesures seront détaillées dans un document-cadre signé par les deux États
avant la fin du mois de novembre 2018.