Comment la diaspora et la fondation Sadev oeuvrent à la formation aux Comores


Par , le dans l'actualité comorienne
Comment la diaspora et la fondation Sadev oeuvrent à la formation aux Comores Le 5 novembre, le Centre de formation et d’insertion professionnelle de Djomani Mboudé a fait sa troisième rentrée sur l'île de Grande Comore. Enjeu stratégique : former les gens sur place aux métiers du bâtiment. Un projet qui a vu le jour sous l'impulsion de la fondation Sadev 94 en s'appuyant fortement sur la diaspora comorienne locale, notamment à Villejuif. Explications.

« Aux Comores aussi il est n’est pas si facile de trouver de la main d’oeuvre dans le bâtiment. Or, aller construire une route qu’il faudra aller refaire dans quelques années parce qu’il n’y pas de compétences sur place pour la réparer n’a pas de sens. Les diasporas locales en ont parfaitement conscience, qui sont directement sollicitées par les personnes restées au pays« , explique Antoine Huart, délégué général de la fondation Sadev. Créée par la Sadev 94, société d’économie mixte d’aménagement dans le Val-de-Marne, la fondation d’entreprise Sadev a vu le jour en mai 2009, initialement pour accompagner des opérations au Mali. En raison de la guerre qui a sévi dans le pays et fragilisé certains projets, elle s’est progressivement diversifiée vers les Comores, à l’initiative de la diaspora locale très active. Formation, transfert de compétences et aide au financement pour développer accès à l’eau potable, gestion des déchets, construction et réfection des voiries…, voilà les chantiers sur lesquels planche la fondation depuis bientôt dix ans dans le cadre d’une coopération décentralisée qui s’appuie toujours plus sur les citoyens des deux rives.

« Nous souffrons d’un manque de formation technique aux Comores. Nous avons des universités pour apprendre la philosophie mais pas assez de centres de formation professionnelle. A tel point que les entreprises du bâtiment sont obligées d’aller chercher des compétences à Madagascar tandis que les Comoriens n’ont pas de travail. Le résultat, ce-sont des maisons qui ne sont pas construites professionnellement ou des routes qui ne tiennent pas », témoigne Ahamada Abdallah, président-fondateur de l’asssociation Ascovi, qui rassemble des Comoriens de Villejuif et organise des activités de solidarité et d’entraide.

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de construire un centre de formation et d’insertion professionnelle à Djomani, ville dont Ahamada Abdallah est originaire et qui bénéficie d’une importante diaspora en France, très organisée autour de la CADF, Confédération des Associations de Djomani en France, qui réunit des Djomaniens dispersés de Marseille à Dunkerque en passant par La Courneuve ou Villejuif, et collecte des fonds pour porter des projets sur place. Dès 2011, l’Ascovi sollicite la fondation Sadev 94 autour de ce projet, ainsi que sur un autre portant sur l’accès à l’eau potable avec mise en place d’un réseau et d’un service public de l’eau, actuellement en cours. S’en suivent des missions exploratoires pour vérifier la cohérence des projets par rapport aux besoins en allant voir les habitants et les autorités. La fondation, qui agit par programme d’action de 5 ans, décide alors d’élargir son spectre d’intervention aux Comores dans son programme 2014-2019. Des contacts avec d’autres partenaires sont aussi noués, tant pour le financement que l’organisation.

« Mon travail est de mettre en oeuvre les projets en trouvant les partenaires. Sur le plan financier, la participation de le fondation sert de levier« , explique Antoine Huart. Parmi les principaux financeurs des projets, l’Agence Française de Développement (AFD), établissement public en charge de porter la politique de développement de la France avec un engagement financier d’environ 10 milliards d’euros par an à l’échelle nationale. Concernant les projets liés à l’eau, d’autres partenaires importants sont l’agence de l’eau Seine Normandie ou le Sedif (Syndicat des eaux d’Ile-de-France). La Sadev 94, elle, met au pot 240 000 euros par an, dont 60% sont déductibles. Initialement créée avec une quinzaine d’entreprises du bâtiment ou de la promotion immobilière, la fondation n’en compte plus aujourd’hui que quelques unes. La communauté comorienne participe également, via la CADF. « Nous avons contribué à hauteur de 56 000 euros pour le centre de formation et de 112 000 euros pour l’accès à l’eau« , chiffre Ahamada Abdallah. Le projet reçoit aussi un appui financier de la région Provence Alpes Côtes d’Azur qui compte une importante diaspora comorienne. Côté organisationnel, c’est le Gref (Groupement de retraités et éducateurs sans frontière) qui est sollicité pour venir faire cours sur place.

Des premiers artisans diplômés et un rêve d’aller au-delà du CAP
Ainsi ouvre officiellement le centre en 2016, sous la tutelle conjointe du ministère en charge de la formation technique et professionnelle et du Gouvernorat de l’Ile Autonome de Ngazidja (Grande Comore), avec d’emblée deux formations diplômantes :le CAP construction et entretien du bâtiment (maçonnerie charpente) et le CAP installation et entretien en électricité et plomberie. La durée des formations est de 1200 heures réparties sur deux années et comprennent à la fois de l’enseignement général (français, mathématiques et physique) et technique. Depuis 2017, le centre propose également des formations courtes de mise à niveau, à destination de professionnels. »Les premiers diplômés ont trouvé du travail dans des entreprises comoriennes ou se sont installés à leur compte comme artisans. Notre objectif est de pouvoir ensuite aller au-delà du CAP, avec des BTS, puis des diplômes d’ingénieur, se projette le président de l’Ascovi. Le principal problème reste toutefois que l’Etat comorien prenne le relais du financement du fonctionnement. Aujourd’hui, c’est essentiellement l’Ambassade de France (via l’AFD) qui finance. Nous discutons régulièrement avec le ministre et nous avons bon espoir mais ce n’est pas encore gagné. »


Mais un difficile relais local pour le financement
« Le centre dispose de plusieurs sources de recettes : les frais d’écolages de ses élèves (actuellement 55 000 KMF par an et par élève (ndlr 110 euros) ; la réalisation de chantiers écoles ; la location de matériels de chantier, la location de salles ; des dotations et subventions de partenaires (les entreprises CGC et Lafarge ont d’ailleurs déjà confirmé leur soutien au centre pour l’année prochaine… ). Toutefois, ces recettes ne permettent pas d’atteindre le budget annuel de fonctionnement du centre« , mettait en garde le centre au mois de mai dernier, invitant les acteurs économiques comoriens à participer, pointant que pour accueillir trois sections représentant au total une cinquantaine d’élèves, il faut compter 6 millions de KMF (12 000 euros) pour rémunérer les formateurs professionnels sur un budget prévisionnel annuel global de 11 millions de KMF (22 000 euros).

Après le BTP, l’agriculture
Fort du succès de cette formation, Ahamada Abdallah a déjà d’autres projets en tête, et voudrait ouvrir une école d’agriculture. « Nous ne sommes pas encore autosuffisants aux Comores, nous devons perfectionnement nos techniques d’agriculture, notamment d’irrigation, car rien ne nous garantit qu’il pleuvra suffisamment la saison prochaine« , invite le président d’Ascovi.

De son côté, la fondation Sadev intervient également sur d’autres projets, notamment au Mali, pays dans lequel elle s’est investie à l’origine et intervient sur l’accès à l’eau, la gestion des déchets, l’assainissement, la lutte contre la désertification, en partenariat local avec des associations comme l’Amscid (Association malienne de solidarité et de coopération internationale pour le développement) mais aussi avec des communes du département jumelées avec des communes maliennes comme Choisy-le-Roi avec Tringa Marena.