Salime Mahamoud Hafi : «…à la place du conseiller Sounhadj, j'aurais démissionné »


Par , le dans l'actualité comorienne
Salime Mahamoud Hafi : «…à la place du conseiller Sounhadj, j'aurais démissionné » Dans cet entretien, le ministre s’attèle à répondre aux propos tenus par le conseiller du président en charge de la santé. Il évoquera entre autres sujets, les ambitions électorales de ce dernier. «Quand j’ai lu son interview, je n’ai pas eu l’impression de voir un programme pour un gouverneur. J’ai plutôt vu celui d’un candidat à la présidentielle. A-t-il les ambitions pour ça? En tout cas, il peut le faire sans pour autant se cacher», se convainc-t-il.


Suite à l’interview du conseiller du président de la République en charge de la santé, Sounhadj Attoumane, parue dans nos colonnes jeudi dernier, édition N°3582, le ministre de l’Education nationale, à travers un long entretien, a saisi la balle au rebond pour répliquer.
Concernant le bilan du régime qualifié de «mitigé», Salime Mahamoud Hafi va jusqu’à évoquer une forme de «malhonnêteté intellectuelle». «Faisant partie des personnes qui peuvent toquer à la porte du chef de l’État à tout moment, il aurait dû donner les pistes qui devaient être exploitées. Parler d’un bilan mitigé, pour moi, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Je n’accepte pas que de tels propos soient tenus par quelqu’un d’aussi bien placé comme lui. Je dirais qu’il a voulu montrer aux gens qu’il est le plus parfait. Preuve en est qu’il a mis l’accent sur la réussite des Assises vu qu’il était responsable. Il oublie que ces Assises étaient la volonté du peuple comorien et impulsées par le président de la République», déplore le ministre qui n’hésite pas à lui suggérer une démission.
«Si je conseille le président et il ne m’écoute pas et par la suite, il y a des erreurs, la logique voudrait que je prenne la porte en démissionnant. On ne peut pas rester, profiter tout en parlant derrière le dos des autres en évoquant un pouvoir pris en otage par quelques personnes», estime-t-il. «Un pouvoir devenu une affaire de famille» tels étaient les propos évoqués par le conseiller du président et pour y répondre, le ministre de l’Education se dit choqué. «Le népotisme est un mot choquant qui renvoie aux neveux, aux rois qui géraient avec leurs familles. Dans le gouvernement, il n’y a aucun membre de la famille du président. S’il veut parler du secrétaire général du gouvernement, lui qui parle d’une politique de mérite, est-ce que ce dernier ne mérite pas cette place? N’a-t-il pas les compétences pour atteindre les résultats escomptés? C’est de l’irresponsabilité. Il n’y a aucune comparaison avec les deux régimes précédents qui étaient gérés par des clans. C’est irresponsable et immature», rétorque Salime Mahamoud Hafi.

«Assumer ses responsabilités»

Ce dernier contre-attaque en rappelant que le conseiller Sounhadj fut à un moment ministre de la justice et de la fonction publique raison pour laquelle, «quand il parle de justice aux ordres et d’anarchie dans la fonction publique, j’ai envie de lui demander ce qu’il a apporté».
Et de rappeler également qu’ «à son époque, il était question de recrutement par complaisance, par connaissances, en gros le népotisme».
Aujourd’hui, selon notre interlocuteur, «la nouvelle loi fondamentale, dispose que le recrutement soit assujetti à un concours. On attend les détails du législateur pour savoir comment lutter contre la corruption, l’injustice et améliorer la bonne gouvernance». Ce dernier évoquera le préambule de la Constitution, où l’on dispose que «le peuple comorien affirme…son engagement à promouvoir et renforcer les voies et moyens visant à prévenir, combattre et éradiquer la corruption, les détournements des biens et des fonds publics…».




Mahamoud Hafi ne lâchera pas l’affaire et invitera le conseiller en charge de la santé à s’expliquer sur la justice qui serait victime d’ingérence du pouvoir exécutif. Une justice «au commande ou corrompue ? «Il peut en parler puisqu’il fut ministre de la justice. Peut-être qu’il a subi des pressions ou qu’il a eu la justice à sa botte. C’est à lui de le dire» assène-t-on.
Le ministre de l’Education revient également sur le fait que le président n’aurait pas réussi à se faire comprendre par la population. Pour y répondre, il invite l’auteur de ces propos à prendre ses responsabilités.

«Un programme d’un candidat à la présidentielle»

«C’est le rôle d’un conseiller de faire en sorte que le président soit compris par le peuple. C’est à lui de vendre la politique mise en place par le président. Sounhadj est le conseiller le plus écouté à Beit-Salam. Il représente le chef de l’État partout par conséquent, s’il y a une personne qui devait vendre la politique mise en place, c’est bien lui. Il n’a qu’à assumer ses responsabilités en cas d’échec de sa mission au lieu de renvoyer la faute aux autres. Vous ne pouvez pas être à côté du président matin midi et soir et nous dire que vous n’accepterez pas une quelconque erreur», devait-il accuser avant de rebondir sur la politique de l’emploi qui ne serait pas mis en place.
«Comparer la politique de l’emploi au projet habitat de Sambi, c’est grave. Il veut donc dire que le président Azali Assoumani a vendu du rêve, une chimère aux Comoriens. C’est malhonnête encore. Je ne crois pas qu’il s’intéresse à ce pays sinon il peut toujours se procurer les chiffres en termes d’emplois au niveau de la maison de l’emploi. Étant avec Sambi à cette époque, Sounhadj sait très bien que le projet habitat n’était que de la poudre aux yeux», a-t-il tenu à expliquer.
Pour finir, si notre interlocuteur reconnait le droit à tout un chacun de postuler pour les élections à venir, il montre son désaccord quant au procédé utilisé par Sounhadj Attoumane. «Je blâme toutefois la démarche. Nous sommes dans une mouvance présidentielle raison pour laquelle, l’endroit approprié pour se déclarer candidat, c’est à l’intérieur de celle-ci. Si tout le monde suivait sa démarche, il y aurait l’anarchie. Cette démarche n’est pas à sa hauteur bien qu’il ait tous les droits pour être candidat comme tout le monde. D’ailleurs, en lisant son interview, je n’ai pas eu l’impression de voir un programme pour un gouverneur. J’ai plutôt vu celui d’un candidat à la présidentielle. A-t-il les ambitions pour ça? En tout cas, il peut le faire sans pour autant se cacher», a-t-il conclu.


Mohamed Youssouf