Moroni : une décharge à ciel ouvert


Par , le dans l'actualité comorienne
Moroni : une décharge à ciel ouvert Des ordures jalonnent la bordure de la route du petit marché. Une odeur pestilentielle s’en dégage. Les passants en empruntant cette importante artère de la ville sont obligés de se boucher le nez. Quelques chanceux ont un cache-nez. Pour le reste, c’est la main qui empêche de respirer la mauvaise odeur ou alors pour les femmes, un coin du lesso.
Cela fait 8 jours que les ordures n’ont pas été enlevées. 8 jours d’odeur pestilentielle, de vermine et de détritus. 8 jours que les riverains du petit marché mais aussi des principales artères de la ville vivent dans un dépotoir. Sans que cela semble émouvoir les autorités concernées.
Bacar Houssein, vendeur de bijoux fantaisie et de chaussures est à moins d’un mètre du tas de déchets. Il ne porte pas de couvre-nez. L’habitude sans doute. « Cela fait 8 jours que nous vivons cette situation et je peux vous dire qu’elle n’arrange pas mes affaires », dit-il. « Voyez-vous, personne ne veut s’arrêter pour acheter, l’odeur fait fuir les éventuels clients même ceux qui semblent intéressés », déplore-t-il. D’ailleurs, comme pour nous prouver ses dires (en a-t-il réellement besoin ?), il interpelle un client, qui une main sur le nez refuse de s’arrêter. « Vous voyez, pourtant il nous faut vendre pour pouvoir manger », dit-il. Il est vrai que l’odeur est vraiment très forte, à la limite du soutenable. La pluie de ces derniers jours n’a rien
arrangé. Une eau stagnante jouxte le tas d’immondice créant une atmosphère étouffante. Les immondices ne font pas que des malheureux. Les vendeurs du petit marché chassent mollement, (les mouches, très nombreuses et très très heureuses) qui s’approchent de leurs produits frais, sans oublier une seconde de se couvrir le nez.
Nos pas nous mènent vers la partie construite du petit marché, là on y vend le poisson frais. Nous voyons arriver l’une de ses vendeuses les plus puissantes. Son nom, Mama Dhahabu, plus connue en tant que « Karidudja », surnom ô combien évocateur. Elle fait partie du syndicat. Dès que nous déclinons notre identité, elle s’écrie : « Kwalu inna Lillah », à plusieurs reprises.
« Nous sommes malades à cause de ces ordures », affirme-t-elle. « Nous continuons de venir vendre parce que ce pays est mauvais », dit-elle. Et de poursuivre : « nous sommes pauvres, nos enfants qui travaillent dans les bureaux ne sont pas payés, c’est la seule raison pour laquelle, nous continuons à venir travailler ». « Nous
n’avons pas le choix, nous nous devons vivre dans la vermine et les ordures pour faire bouillir nos marmites », regrette-t-elle.
A ce stade du récit, elle nous montre ses pieds : « j’ai les pieds craquelés à cause de cette boue et de la vermine qui y vit », affirme-t-elle en secouant tristement la tête. Puis, « nous n’avons pas de pays, nous n’avons pas de pays, sinon comment expliquer que cela fait près de 10 jours que les ordures n’ont pas été enlevées », dit-elle avec insistance. Et à voir le triste spectacle qui s’offre à nous, on est tenté de lui donner
raison Notre interlocutrice ne peut pas ne pas faire le lien avec les échéances électorales du dimanche prochain.
« Nous ne soutenons aucun candidat car aucun n’a prouvé qu’il avait le sens des responsabilités », martèle-telle.
Néanmoins, « pour ceux qui soutiennent certains d’entre eux quand même, je leur redirai ceci : kwalu innalillah, parce que ces ordures appartiennent aussi bien à Ikililou qu’à Mouigni Baraka ».
H.M.Karizombo